La réindustrialisation en France soulève des questions cruciales sur les stratégies à adopter dans un contexte de défis technologiques et environnementaux.
J'ai quasiment toujours connu mes deux grands-pères à la retraite. En préretraite en fait. Leure avis divergés sur leurs situations, l’un avait un travail pénible et était content de pouvoir rester à lamaison, l’autre était dépité car il adorait son travail qui donnait un sens à sa vie. Ils travaillaient tous les deux dans l'industrie, au sein la même entreprise, qui employait prét de 2500 personnes sur le même site, un chiffre énorme pour une petite ville de 25 000 habitants.
Puis, dans les années 80, l'usine a été rachetée par un très grand groupe international. Il a alors été décidé d'exporter la production en asie, au détriment du site français, ceci pour des causes de rentabilité. Le groupe a préféré payer, desc ompléments faramineux pour assurer des milliers de préretraites plutôt que de garder le personnel en France et les charegs qui vont avec. Cette anecdote n'est pas anodine, elle marque le commencement, d'une période de désindustrialisation de notre pays au profit de groupes étrangers et la perte de contrôle de nos moyens de production industriels.
L'un de mes grands-pères, qui n'est plus de ce monde, était dégoûté de cette situation. Même s'il restait payé à la maison, pour lui, on allait droit à la catastrophe. C'était pour lui une perte de savoir-faire, une perte de qualité générale de nos services et une décote pour l'industrie française sur le plan international. Il voyait déjà venir les problèmes actuels de perte d'autonomie, de perte d'emploi et de perte de souveraineté qu'allait entraîner cette vague.
J'avais 12 ans, je ne comprenais pas. Aujourd'hui, force est de constater que l'industrie française, ne se porte pas très bien et que ses prédictions étaient visionnaires. J'ai donc décidé aujourd'hui de faire un point factuel sur la désindustrialisation française depuis les années 70 et de vous présenter le plan d'action prévu par les gouvernants pour 2035 pour résoudre cette problématique. En aucun cas je ne prendrai position pour le moment sur ce plan, mais je tiens à vous l'exposer de manière factuelle.
L'industrie française se trouve à un tournant décisif. Alors que sa part dans le Produit Intérieur Brut (PIB) national s'est stabilisée autour de 12 %, les acteurs économiques et institutionnels visent un rebond significatif pour restaurer la souveraineté économique du pays. Pour atteindre les objectifs fixés à l'horizon 2035, la France doit actionner simultanément des leviers macroéconomiques, structurels et territoriaux.
Depuis les années 1970, la France a connu une érosion marquée de son socle industriel, transformant profondément son paysage économique. Ce phénomène de désindustrialisation se manifeste par une double chute : celle de la contribution de l'industrie au PIB et celle des effectifs salariés du secteur.
En 1970, l'industrie représentait environ 22 % de la valeur ajoutée nationale. Aujourd'hui, ce poids est tombé à environ 12 % selon l'Insee, et même à moins de 10 % si l'on exclut le secteur de l'énergie et de la construction. Cette trajectoire place la France parmi les pays les plus désindustrialisés de la zone euro, loin derrière l'Allemagne où l'industrie pèse encore environ 20 % du PIB.
L'évolution de l'emploi est l'indicateur le plus tangible de cette perte de vitesse. Le secteur industriel français employait 5,4 millions de salariés à la fin des années 1970. En 2024, ce chiffre se stabilise péniblement autour de 3,1 millions. Cette baisse de près de 45 % des effectifs s'explique par plusieurs facteurs combinés : Les gains de productivité, la concurrence internationale accrue, mais aussi l'externalisation massive des services (logistique, nettoyage, maintenance) qui étaient auparavant comptabilisés dans les statistiques industrielles.
Indicateur | Situation en 1970 | Situation en 2024 |
Effectifs salariés : | 5,4 millions de collaborateurs | 3,1 millions de collaborateurs |
Part de la valeur ajoutée : | Environ 22 % du PIB | Environ 12 % du PIB |
Contexte économique : | Phase d'expansion industrielle | Stabilisation après désindustrialisation |
Plus qu’un simple constat, cette perte de vitesse de notre industrie sur cinquante ans est due à une volonté politique autant qu’à des choix économqiues délibérés. La volonté d’attirer les investissement étrangés tout en garantissant les profits des actionnaires a poussé les dirigeants à délocaliser la production pour réduire les coûts opérationnels. Ces décisions visaient également la conquête de nouveaux marchés à l’étranger pour compenser la baisse de la demande en France, tout en privilégiant les flux d’importation.
Côté politique, les privatisations successives, menées pour accroître les recettes de l’état à cours terme et réduire le poids de la fonction publique, ont entraîné une perte de souveraineté majeure sur nos outils de production.
Il convient également de noter que, contrairement à l’Allemagne qui a mené une politique visant à favoriser les entreprises de taille moyenne (Mittelstand) et les sous-traitants industriels, la France a privilégié une stratégie axée sur les grands groupes mondiaux. Si ce choix permet au pays de s’enorgueillir de fleurons industriels d’envergure internationale, il a néanmoins nui au développement d’un tissu de PME industrielles puissant.
Ces PME et ETI sont pourtant des moteurs essentiels de l'économie : génératrices d'emplois locaux, contributrices majeures aux recettes fiscales et actrices de l'investissement sur le territoire. Ce contraste stratégique avec le modèle allemand constitue aujourd'hui un constat structurel dont les conséquences sur la résilience industrielle française sont tangibles.
Le rétablissement de la base industrielle n'est pas seulement une question de prestige, mais une nécessité pour l'équilibre de la balance commerciale. Selon les analyses de France Stratégie, porter la part de l'industrie à 12 % ou 15 % du PIB d'ici 2035 demande une croissance de la valeur ajoutée industrielle supérieure de 1 à 2,5 points par an par rapport au reste de l'économie. Un tel basculement permettrait de réduire le déficit commercial de 2 à 3 points de PIB, tout en renforçant la résilience face aux chocs d'approvisionnement mondiaux.
Pour concrétiser cette ambition, trois contraintes majeures doivent être levées.
Le défi des compétences : Le facteur humain reste le principal goulot d'étranglement. Le secteur devra intégrer entre 200 000 et 450 000 collaborateurs supplémentaires d'ici 2035. Cela impose une réforme profonde de la formation technique et une revalorisation des métiers industriels.
La gestion du foncier : Avec l'objectif de Zéro Artificialisation Nette (ZAN), la disponibilité de terrains devient une ressource critique. La réindustrialisation passe désormais par la réhabilitation des friches industrielles (nombreuses en france) et une optimisation de l'emprise au sol des nouveaux sites de production.
La décarbonation et l'énergie : La compétitivité future repose sur un accès massif à une électricité bas carbone et à des prix stables. L'enjeu est de doubler la capacité de production tout en réduisant drastiquement l'empreinte carbone des procédés.
Il est manifeste que la France doit restaurer sa compétitivité industrielle, un défi qui repose impérativement sur la question énergétique. Le choix stratégique du « tout nucléaire », impulsé par le général de Gaulle et les dirigeants de l'après-guerre, a permis au pays d'acquérir une autonomie électrique majeure. Cette souveraineté doit toutefois être relativisée par la dépendance aux importations de matières premières, notamment l'uranium. Aujourd’hui, face à un parc nucléaire vieillissant dont la prolongation de la durée de vie reste limitée, l’investissement dans de nouveaux vecteurs énergétiques — qu’ils soient nucléaires ou renouvelables — constitue une condition sine qua non pour garantir les capacités de réindustrialisation du territoire.
Données et perspectives stratégiques :
Mix énergétique : Le nucléaire assure environ 65 % à 70 % de la production d'électricité en France, un socle décarboné indispensable à l'industrie.
Besoin de renouvellement : Les scénarios de RTE (Réseau de Transport d'Électricité) pour 2050 soulignent que la réindustrialisation pourrait entraîner une hausse de la consommation d'électricité de 35 % à 50 % par rapport au niveau actuel.
Investissements : Le programme de construction de nouveaux réacteurs (EPR2) et le développement massif des énergies renouvelables sont désormais intégrés comme les deux piliers de la stratégie de souveraineté nationale.
Sources : Ministère de la Transition Écologique - La stratégie française pour l'énergie et le climat
Le succès du plan de réindustrialisation dépend également de l'agilité des écosystèmes locaux. Comme le souligne Bpifrance, le programme Territoires d'industrie démontre que les projets les plus résilients sont ceux ancrés dans une collaboration étroite entre dirigeants d'entreprises, élus et centres de formation.
Le plan France 2030 joue ici un rôle de catalyseur en finançant l'innovation dans des segments stratégiques tels que l'hydrogène vert, les batteries et la microélectronique. Pour les PME et ETI, la modernisation vers l'industrie 4.0 et l'adoption de technologies de rupture sont les conditions sine qua non pour maintenir une position compétitive sur les marchés internationaux. La bataille de la production se gagne désormais par une réponse agile aux spécificités de chaque bassin d'emploi.
La première impression qui se dégage de l’analyse des articles concernant la réindustrialisation en France est un sentiment que ces derniers s'apparentent davantage à un vœu pieux qu'à un véritable plan d'action concret, structuré et planifié. Si la volonté politique semble bien présente dans les discours, la méthodologie pour atteindre ces objectifs demeure contestable. Nous reviendrons, dans un prochain article, sur la manière de mettre concrètement en place un plan de réindustrialisation et sur les enjeux majeurs qui en découlent.
Voic quelques élément qui laissent perplexes 
La loi Climat et Résilience impose de diviser par deux le rythme de consommation d'espaces naturels d'ici 2030. Or, le Haut-commissariat à la stratégie et au plan (rapport de juillet 2024) estime qu'une réindustrialisation à hauteur de 12 % du PIB nécessiterait entre 23 000 et 30 000 hectares supplémentaires d'ici 2035.
Le manque de foncier disponible "prêt à l'emploi" est un frein majeur qui transforme souvent les annonces politiques en difficultés administratives insurmontables sur le terrain.
Selon l'enquête Besoins en Main-d'Œuvre (BMO) 2025 de France Travail, l'industrie reste l'un des secteurs les plus sinistrés par les difficultés de recrutement.
Le chiffre : Près de 90 % des entreprises industrielles ont déclaré des difficultés de recrutement en 2024.
Sans un plan massif de formation aux métiers techniques (maintenance, chaudronnerie, ingénierie), l'ouverture de nouvelles usines restera une intention théorique.
Une étude du Trésor public (2024) et de l'I4CE évalue les besoins d'investissements pour la décarbonation de l'économie française à environ +63 à +110 milliards d'euros par an d'ici 2030 par rapport à 2021.
Bien que le plan France 2030 injecte 54 milliards d'euros, cette somme est à répartir sur 10 ans. L'écart entre les aides publiques et le besoin réel des industriels pour moderniser leurs outils (électrification, hydrogène) est colossal, ce qui peut donner cette impression de "vœu pieux".
Le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) rappelle dans ses notes de 2025-2026 que la France dépend à plus de 90 % des importations pour 8 métaux stratégiques sur 9 (lithium, cobalt, cuivre, etc.).
La souveraineté industrielle est illusoire sans une maîtrise de l'amont de la chaîne de valeur (raffinage et recyclage), un volet encore peu développé dans les plans actuels.
La réindustrialisation ne peut s'envisager sans une politique de protection face à un actionnariat dont les objectifs de rentabilité à court terme peuvent diverger de l'intérêt industriel national. Historiquement, comme évoqué précedemment, l'entrée de groupes internationaux au capital d'entreprises françaises a parfois conduit à des arbitrages purement financiers, au détriment de l'outil de production local.
Pour contrer ces dynamiques, l'État français a renforcé le dispositif de contrôle des investissements étrangers (IEF). Ce mécanisme permet de soumettre à autorisation préalable tout investissement par une entité non européenne dans des secteurs jugés sensibles comme l'énergie, les transports ou les technologies duales. En 2024, le champ d'application a été élargi pour inclure l'extraction et la transformation des matières premières critiques. L'enjeu est de garantir que les détenteurs de capitaux s'inscrivent dans une stratégie de développement industriel de long terme, préservant le savoir-faire et l'emploi sur le territoire.
La stratégie nationale de réindustrialisation s'inscrit nécessairement dans le cadre juridique et économique de l'Union européenne. Si certaines réglementations ont pu être perçues comme des contraintes par le passé, la tendance actuelle s'oriente vers une coopération industrielle intégrée via le plan industriel du pacte vert (Green Deal Industrial Plan).
L'idée centrale est qu'aucun pays membre ne peut faire face seul aux blocs américain ou chinois. Cette approche commune se manifeste notamment par les Projets Importants d'Intérêt Européen Commun (PIIEC), qui permettent de subventionner massivement des filières stratégiques comme l'hydrogène ou les semi-conducteurs. Parallèlement, le Net-Zero Industry Act (NZIA) vise à simplifier le cadre réglementaire pour les technologies propres. Cette solidarité européenne est la condition nécessaire pour éviter une concurrence stérile entre pays membres et pour bâtir une souveraineté industrielle à l'échelle du continent.
Alors, même si mon grand-père avait raison, même si son coup de geule était une prophétie qui résonne encore aujourd'hui et qui, malheureusement, me semble tellement actuel : aucune situation n'est jamais acquise ni désespérée. Il nous appartient à tous — politiques, entrepreneurs, chefs d'entreprise, citoyens, consommateurs, de faire avancer les choses. Il est de notre responsabilité de réindustrialiser notre pays tout en respectant les enjeux majeurs de demain, qu'ils soient écologiques ou sociaux.
/// Fiche Auteur
Créateur de la plateforme et Consultant Marketing
Le marketing numérique est souvent le parent pauvre de l'investissent commercial des PME et ETI industrielles. Pourtant, en 2026, l’investissement numérique n’est plus une option mais un levier de croissance mesurable. Entre les statistiques encourageantes de Bpifrance et la réalité pragmatique du terrain, quel budget faut-il réellement allouer à sa stratégie ? De la création d'un site "outil de production" au pilotage par un expert, découvrez comment structurer vos coûts pour transformer votre visibilité en commandes réelles.
En 2025, l'industrie française se concentre sur des statistiques révélatrices et surmontent divers défis. Les fleurons économiques se distinguent par leur capacité d'innovation, renforçant leur position sur le marché international.